22 Février 2009
Palais de l’Elysée
55 rue du Faubourg Saint Honoré
75008 PARIS
Monsieur le Président,
L'association dite « Vivre avec Le Fleuve » fondée en 1998, a pour objet de défendre les intérêts des habitants la Presqu'île d'Ambès contre les atteintes à l’environnement, les risques d'inondations, les risques industriels, les pollutions et toutes les agressions menaçant ce territoire. Elle milite pour le respect de l'environnement et oeuvre pour la sauvegarde et la mise en valeur de la Presqu'île d'Ambès, en particulier de ses zones humides classées NATURA 2000 et des zones soumises aux risques d'inondations.
La Presqu’île d’Ambès se situe au nord de l’agglomération bordelaise, à la confluence de la Garonne et de la Dordogne. Elle est de ce fait naturellement classée en zone inondable. En 1961, le Conseil Général décida de réaliser des digues en béton de manière à éviter l’inondation des habitations lors des marées d’équinoxe, et à permettre ainsi l’implantation de raffineries et d’une centrale électrique. Depuis lors de nouvelles implantations ont vu le jour, tournées vers l’industrie chimique. On compte aujourd’hui 13 entreprises classées SEVESO, dont 8 classées « seuil haut » qui en cas d’avarie ou d’accident menacent les populations et l’écosystème, directement et par effet de « dominos ».
Lors de la tempête du 27 décembre 1999, les hauteurs d’eau calculées selon les recommandations de la loi Barnier, furent effectivement atteintes.
Ce jour là, l’ensemble de l’agglomération bordelaise frôla la catastrophe. On ne parla à l’époque que des problèmes de la centrale nucléaire du blayais. D’autres situations aussi préoccupantes furent passées sous silence. Par exemple, l’entreprise Norsk HYDRO (devenue aujourd’hui YARA), dont l’activité est comparable à celle de l’usine AZF de Toulouse, fut en grande difficulté. Son enceinte cryogène enfermant de l’ammoniaque doit être impérativement maintenue à –33°C. En panne d’énergie, elle fut secourue à l’aide d’un branchement de fortune à partir de la centrale thermique d’Ambès voisine, en sommeil, mais remise en route pour l’occasion. Cette même centrale est aujourd’hui définitivement arrêtée par EDF.
Depuis cette date, force est de constater, alors que les textes en matière d’inondation évoluent, que notre secteur continue d’être traité comme si rien ne s’était passé : un Plan de Prévention des Risques d’Inondations (PPRI) trop permissif, dont l’application révèle de nombreuses lacunes, et peu ou pas de mesures significatives de protection des populations contre le risque d’inondation.
Au contraire, depuis 1999, on a observé l’apparition de nouveaux remblais industriels. Et d’autres sont annoncés. C’est ainsi que la Communauté Urbaine de Bordeaux souhaite implanter une plate-forme logistique multimodale dans une zone d’expansion des crues, indispensable pour recueillir les eaux en cas d’inondation. Elle est située dans le lit majeur du fleuve, entre la Garonne et la RD 113, à cheval sur les communes de Bassens, Ambarès-et-Lagrave et Saint Louis-de-Montferrand. Lors de la tempête de 1999 la hauteur d’eau y a atteint jusqu’à 2.50m. Un tel projet d’implantation aggraverait les risques d’inondation dans ce secteur. Il ne tient aucun compte des risques encourus par la population de Saint-Louis-de-Montferrand et du quartier de Sabarèges à Ambarès-et-Lagrave.
A l’heure qu’il est, et comme chaque hiver, le terrain convoité est recouvert d’eau en de nombreux points, la nappe phréatique affleurant partout sur la Presqu’île.
La réalisation de ce projet aurait pour effet de resserrer un peu plus l’étau sur la population riveraine, en augmentant gravement les risques de mise en danger des populations et des biens lors des prochaines crues du fleuve.
Systématiquement, un chantage à l’emploi est utilisé dans ce genre d’affaire. De notre côté, nous considérons qu’un juste équilibre doit être recherché dans la cohabitation entre habitants et entreprises. Malheureusement, les faits relatés dans cet exposé prouvent pour l’instant le contraire.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, nous faisons appel à vous aujourd’hui.
Nous souhaitons que les implantations industrielles ne soient pas décidées par les collectivités territoriales en tordant les résultats des études techniques, et en interprétant le PPRI au mépris des principes de précaution*.
Nous vous demandons de bien vouloir surseoir au lancement de ce projet qui bafoue ces principes édictés par vos services, et d’intervenir auprès des différents acteurs afin que soit rigoureusement respectée la législation relative à la lutte contre les inondations.
Nous espérons, Monsieur le Président, que notre courrier retiendra toute votre attention et que vous y donnerez la suite qui s’impose, et vous prions d’agréer, l’expression de notre très haute considération.
Pour le bureau, La Présidente,
Colette ARNAUD
* Circulaires… la circulaire du 24 janvier 94 relative à la prévention des inondation, , la circulaire du 30 avril 2002, le décret 2002-202 du 13 février 2002